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6-ans-avec-lunettes-3.jpg " Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde. "

Michel Serres  (Extrait de  - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)

 

 

Samedi 19 novembre 6 19 /11 /Nov 08:40

 

JB-Martin.jpg JB-martin-2.jpgLa publicité est bien le domaine où règne le machisme le plus dur, à quelques exceptions près. Par exemple, actuellement, la marque de chaussures de luxe JB Martin tente de prouver aux femmes qu’elles ont parfaites…. seulement avec leurs chaussures aux pieds, car sinon, elles sont juste des bourreaux de travail ménager, écervelées, vite dépassées et incapables de gérer une vie active. Les femmes sont toutes de petites princesses le temps d’enfiler une chaussure de luxe. Mais attention à ne pas les ôter, car la nature guette au coin de la cuisine…

 

C’est Charlie hebdo, numéro de mercredi 16 novembre 2011, qui s’attaque à cette pub, dans une petite rubrique que je ne manque jamais de lire : « A bas la pub ! ». Gérard Biard, auteur de la rubrique, écrit : « Il suffit de deux accessoires pour mettre en scène la femme idéale : une paire de chaussures et une paire de gants Mappa. Élégance et disponibilité domestique. »

 

Je dois dire que dans le domaine du préjugé, JB Martin a fait très fort ; car il n’oublie rien de ce qui fait le portrait de la « femme parfaite » : coquette, futile, débordée, mais aussi dépendante de son horoscope.  Une femme irrationnelle donc, à qui on va pouvoir vendre de jolis pieds pour la consoler de ne pas avoir de tête.

 

Combien de femmes vont être séduites par cette pub ? Combien de femmes vont se laisser prendre au slogan en gros sabots « Vous êtes parfaite ! » sans remarquer le reste, le mépris, la gauloiserie, la bêtise profonde et nauséabonde. Je souhaite qu’elles soient nombreuses à réagir en n’achetant plus les godillots de JB.  Adoptez le slogan : JB = Je Boycotte !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Pub à la poubelle - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 15 novembre 2 15 /11 /Nov 06:15

Couv.-dossier-idees-recues-copie-1.jpg « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle. » En conséquence, « seul le fait que je doute peut échapper au doute ».   René Descartes, Le discours de la méthode.

 

Un dossier d’août 2011 de la revue La Recherche fait l’éloge du doute. C’est assez rare pour être mentionné.  Un philosophe des sciences, Pascal Novel ouvre le débat par quelques précisions: oui, la science est objective, oui elle tend à renouveler sans cesse ses fondements, non, science et technologie ne sont pas identiques.   La plupart des critiques et des peurs collectives sont issues des technologies.

 

Dans ce « spécial idées reçues en science et technologies », vous trouverez un assez bon panorama de quelques assertions très populaires  non vérifiées qui font les délices des zincs. Encore que… Je trouve que certaines idées reçues « en science » présentées  dans les premières pages  ne sont pas des idées très répandues dans le grand public. Qui en effet se soucie du statut des mathématiques, et de savoir si les objets mathématiques sont des créations de notre cerveau ou possèdent une existence autonome à l’extérieur de nous ?  Qui se soucie de démontrer ou non une proposition mathématique vraie ? Ce ne sont pas des préoccupations « grand public », mais de scientifiques, ou d'amateurs éclairés. Peut-on alors les appeler « idées reçues », alors qu’elles sont si peu diffusées, et « reçues » par un si petit nombre ?

 

Reste qu’il y a tout de même dans cette partie des pages très utiles : la meilleure à mon sens est celle qui traite de l’évolution et de sa prétendue propension au « progrès ». L’article est bien plus long que les autres (4 pages au lieu d’une seule) et déconstruit les préjugés sur la fameuse échelle, la « scala natura » d’Aristote, qui montre une évolution linéaire, de la bactérie à l’homme, en respectant une hiérarchie. Si l’on ne trouve plus guère explicitement  d’échelle ou de pyramide comme démonstration de notre aboutissement, on est encore envahi par l’image erronée de l’évolution des primates qui progressent les uns après les autres, série de personnages simiesques qui se suivent, avec à leur tête un homo sapiens redressé et fier de l’être…. Les auteurs nous expliquent que l’évolution, si elle est affaire d’adaptation, peut parfois aussi faire machine arrière vers une simplification, et que la complexification n’est jamais obligatoire.

 

La partie « idées reçues en technologie »  est certainement celle qui touche le plus de monde, car elle démystifie des idées reçues très ancrées dans le quotidien et très actuelles : le téléphone portable donne le cancer, les jeux vidéos rendent les ados épileptiques, les DVD sur le langage font progresser les bébés, les OGM sont toxiques pour la santé, la performance des ordinateurs plafonne.

 

En fin de numéro, trois grands philosophes sont convoqués : l’inévitable René Descartes,  David Hume, et Emmanuel Kant. Tous les trois cherchent à établir une définition fine et stable de la croyance, de la foi, de la connaissance. Un chapitre que le lecteur n’attaquera que si il a lu et absorbé les pages précédentes, car cette partie-là est plutôt ardue !

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 14 septembre 3 14 /09 /Sep 11:09

 

MM900336900.GIFUne étude parue lundi dans les Annales de l’Académie Nationale américaine des sciences (PNAS) qui portait sur une cohorte de 624 hommes de 21 à 26 ans, suivis pendant quatre ans, a montré que leur taux de testostérone avait baissé après la naissance de leur enfant.

L’étude avait déjà été menée, mais pas sur une assez longue période pour que l’on discerne si c’est la paternité qui fait descendre le taux hormonal ou bien si ce sont les petits porteurs de cette hormone qui se sont reproduits.

Sur une période de 4 ans, il devenait possible de déterminer le taux avant et le taux après.

Le résultat est infiniment étonnant pour tous les croyants en une  biologie hyper-déterministe, qui fixerait le taux d’hormones à la naissance. On constate une fois de plus que l’environnement, les contraintes émotionnelles, sociales, poussent l’organisme à opérer un changement pour mieux assumer ses nouvelles fonctions.

 Et comme les jeunes hommes d’aujourd’hui s’occupent de plus en plus de leurs petits - je le constate tous les jours à l’école maternelle - il y a de grandes chances que nos compagnons soient plus apaisés qu’autrefois.

Gare aux grincheux, psychanalystes, pédiatres, qui vont crier à la féminisation galopante de la société ! Ceux-là ont une définition bien archaïque de la féminité et voient de la féminisation là où il ya de l’amour, du soin, et de l’éducation, accessibles aux femmes comme aux hommes.

Tant pis pour eux, et vive la paternité !

Source de l'info : Nousvousils, l'e-mag de l'éducation  

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Sciences - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Dimanche 11 septembre 7 11 /09 /Sep 11:22

 

professeur.gifOn peut lire dans un manuel de Sciences de la vie et de la terre (SVT), publié par Hachette : « Le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. Cette identité sexuelle, construite tout au long de notre vie, dans une interaction constante entre le biologique et le contexte socio-culturel, est pourtant décisive dans notre positionnement par rapport à l'autre ».

 

Ce manuel scolaire a été d’abord attaqué, en mai, par Christine Boutin, qui a demandé que soit retiré cet article, parce que, selon elle, la sexualité n’est pas l’affaire de l’école, mais une affaire intime. Adieu la prévention des grossesses précoces des adolescentes, adieu la prévention du sida chez les jeunes. Adieu santé publique… Madame Boutin sort vraiment du tréfonds des âges glaciaires…

 

Dans la foulée, des associations familiales chrétiennes montent au créneau et s’insurgent, puis c’est au tour de 80  députés d’initier une pétition demandant le retrait de cette « théorie du genre » des manuels de "Sciences et Vie de la Terre" des lycéens.

Hervé Mariton, député UMP, affirme même, dans sa grande ignorance des sciences de la vie, que cette question devrait se cantonner à la philosophie.

 

Je suppose qu'il a en tête la fameuse phrase de Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient. » Cette phrase, certes toute philosophique à son époque, s’est vu par la suite maintes fois confirmer par la science. fille-dansante.gif

 

Et pas seulement pour le genre. Relire le livre de Richard C. Lewontin , Nicolas Witkowski   La triple hélice : Les gènes, l'organisme, l'environnement, où il est démontré que l’environnement intervient au même titre que le gène ou l’organisme qui le porte, dans une histoire complexe, mais riche, et permettant la plus grande diversité.

 

Par ailleurs, si on lit soigneusement le paragraphe incriminé, on s’aperçoit qu’il est consensuel : il n’indique nulle part que l’identité sexuelle ne serait que le fruit de la culture (comme le faisait S. de Beauvoir, qui, elle, l’affirmait avec provocation), mais juste que cette identité se construit à travers les interactions complexes de cette triple hélice (gènes, organisme, environnement). Cette imbrication entre hasard et nécessité permet de forger une part non négligeable de « libre arbitre » dans nos vies. D’où le choix de nos orientations sexuelles. Et voilà, on y arrive, à cet immense tabou combattu par les catholiques conservateurs. Notre originalité individuelle et notre liberté d’être, trop compliquées, les heurtent. Ce qui est compliqué se contrôle mal, c’est entendu ; comment brider un homme ou une femme mouvant(e), libre, voire ambivalent(e) ?

 

Car l’ambivalence existe et on n’en parle jamais. Les tests de féminité mis en place pour les compétitions sportives montrent à quel point il est difficile de déterminer le sexe d’un individu. Le test du « corpuscule de Barr » fait avec la salive doit montrer un corpuscule typique de la cellule XX. Oui, mais, la simplicité n’étant pas le propre de l’être humain, « il existe des femmes XY, des hommes XX, des intersexués, ou encore des individus XXY… », affirme la généticienne Joëlle Wiels.  

Le professeur François Ansermet ajoute même qu’ « il n’y a pas de marqueur simple de la différence sexuelle ».

 

Si la définition du genre était aussi simple et dogmatique que les catholiques de l’UMP le souhaitent, songez alors  à ce que deviendrait le statut des homosexuels si leur identité ne devait se jouer qu’à la naissance ! Très vite, ils deviendraient porteurs d’une anomalie génétique ; ils seraient marqués à vie et encore plus exposés aux dérives qu’ils ne le sont actuellement. La part de libre-arbitre dans leur choix de vie, celle qui leur assure qu’on doit respecter leur liberté, fondrait comme neige au soleil devant cette obligation divine tombée comme un couperet à leur naissance.

 

De toute façon, avec les politiciens de droite, on n’en finit pas de devoir plier sous le coup des identités obligatoires : l’identité nationale nous est tombée dessus l’année dernière, maintenant c’est l’identité sexuelle.  Tous aimeraient une image lisse et simple de l’être humain, identifiable et plus facile à manipuler. Or l’identité est ce qu’il y a de plus intime, donc de plus diversifié, de plus nuancé, de plus mouvant qui soit. Et en plus, on y tient, à cette image non déterministe. Pas de chance.

 

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Éducation - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 5 juillet 2 05 /07 /Juil 09:41

 

1891-VOYANTE-CHANCE.jpgUne jolie pub pour la voyance s’affiche dans Le Monde de dimanche 3-lundi 4 juillet, en rubrique  « & Vous ». L’article n’est pas passionnant, puisqu’il ne nous présente que des témoignages, et que les chiffres ne sont même pas actualisés : ils datent de 2007. La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait alors estimé le marché à 3,2 milliards d’euros répartis entre 50 000 astrologues.

 

L’étude de la DGCCRF a un objectif uniquement économique : évaluer l’impact et la progression.  Les abus annoncés en sous-titre de l’article ("des abus en tout genre") ne sont guère décelables, sauf pour les plus spectaculaires, comme les sommes vertigineuses demandées parfois aux clients.  Mais qu’en est-il des sommes non négligeables  prélevées régulièrement sur de petits budgets, comme pour les personnes qui témoignent dans l'article, consentantes il est vrai  ? Elles ne sont pas lésées ? Il  y aurait une différence de nature entre les deux, au point de ne pas traiter les secondes, non dignes d'intérêt ? Le phénomène est pourtant le même dans les deux cas : il y a escroquerie avérée, dans le premier cas grosse escroquerie visible, dans le second cas, escroquerie mineure, donc invisible.   

 

Le seul point positif de l’article est l’intervention d’un psychiatre, Jean Sandretto, qui met en avant le « risque de faire croire que nos comportements sont déterminés, programmés. »  La bonne santé intellectuelle, c’est peut-être d’abord et avant tout une autonomie de la pensée, non ? Cela ne signifie pas que chacun doive se débrouiller seul avec ses problèmes, mais que l’aide des voyants est d'abord une décharge du client sur le prestataire, une laisse (un témoignage parle d'addiction), plutôt  qu’une aide à y voir clair et à prendre de bonnes décisions en pleine conscience.

 

Mais de toute évidence, le but de l’article était juste de dénoncer ces fameux abus, et de présenter une solution-miracle : l’institut national des arts divinatoires (INAD) de monsieur Youcef Sissaoui. Le Monde  fait ainsi deux colonnes de pub à un voyant qui prétend moraliser la profession. Vous pouvez lire ce que j’avais écrit sur cet institut et son président sur ce blog, ICI. L’Observatoire zététique avait lui aussi critiqué les méthodes de l’INAD dans leur lettre « POZ n°7 ». Dommage que l’auteure de l’article ne soit pas allée lire les sceptiques avant de  valoriser un voyant un peu plus futé que les autres, mais qui n’est qu’un voyant !

 

Dessin de José Tricot

 

Par Agnès Lenoire - Publié dans : Paranormal - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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