" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
Une étude parue lundi dans les Annales de l’Académie Nationale américaine des sciences (PNAS) qui portait sur une cohorte de 624 hommes de 21 à 26 ans, suivis pendant quatre ans, a
montré que leur taux de testostérone avait baissé après la naissance de leur enfant.
L’étude avait déjà été menée, mais pas sur une assez longue période pour que l’on discerne si c’est la paternité qui fait descendre le taux hormonal ou bien si ce sont les petits porteurs de cette hormone qui se sont reproduits.
Sur une période de 4 ans, il devenait possible de déterminer le taux avant et le taux après.
Le résultat est infiniment étonnant pour tous les croyants en une biologie hyper-déterministe, qui fixerait le taux d’hormones à la naissance. On constate une fois de plus que l’environnement, les contraintes émotionnelles, sociales, poussent l’organisme à opérer un changement pour mieux assumer ses nouvelles fonctions.
Et comme les jeunes hommes d’aujourd’hui s’occupent de plus en plus de leurs petits - je le constate tous les jours à l’école maternelle - il y a de grandes chances que nos compagnons soient plus apaisés qu’autrefois.
Gare aux grincheux, psychanalystes, pédiatres, qui vont crier à la féminisation galopante de la société ! Ceux-là ont une définition bien archaïque de la féminité et voient de la féminisation là où il ya de l’amour, du soin, et de l’éducation, accessibles aux femmes comme aux hommes.
Tant pis pour eux, et vive la paternité !
Source de l'info : Nousvousils, l'e-mag de l'éducation
Alors
que je musardais dans une médiathèque au rayon des magazines, mon regard est tombé sur une couverture de Philosophie Magazine daté de janvier 2010, avec ce titre accrocheur :
« Le singe descend de l’homme ! – La question de l’origine relancée. ». J’ai ouvert de grands yeux, complètement sidérée. La question de l’origine est relancée ? Elle
avait donc été un jour close, résolue ? J’ai dû manquer un chapitre… Mais je ne critiquerai pas la philosophie dans son ensemble- juste ce dossier. La philo est précieuse, mais pour naviguer
dans les eaux de la science, il lui faut s’y colleter sérieusement, ce que n’ont pas fait les auteurs de ce dossier.
J’ai donc emprunté ce numéro et m’y suis plongée. Le dossier présente la découverte d’Artipithecus ramidus, appelé familièrement Ardi, comme une découverte remettant en cause notre filiation. J’ai des doutes, bien sûr, car les remises en question aussi radicales, inversées, sont rarement pertinentes, au vu d’une évolution tout en buissonnement et diversité. Il suffirait de renverser une affirmation (l’homme descend du singe – le singe descend de l’homme), pour approcher la vérité ?
Mais qui est donc ce fameux Artipithecus ramidus ? Les premiers fragments ont été découverts au début des années 1990, mais trop peu nombreux, ils ne permettaient pas de le reconstituer. En 2009, l’équipe de Tim White (Berkeley, Californie) a découvert 110 ossements de 36 individus. Une telle récolte permettait enfin de mieux le connaître. En octobre 2010, grande consécration, Ardi entre dans la revue Nature. Il est âgé de 5 à 4 millions d’années, et se situe donc entre Orrorin (6 millions d’années) et Australopithècus (4 à 2,5 millions d’années) – Australopithèque est la famille de la célèbre Lucy - La reconstitution montre un individu à la fois bipède et arboricole, du groupe des primates et de la famille des hominidés, comme Orrorin et Australopithécus.
Le magazine présente cette bipédie comme un « scoop » (premier mot du dossier !) remettant en cause le dogme de la bipédie comme appartenant au genre humain. Le raisonnement des auteurs du dossier est le suivant : puisque des hominidés marchaient, mais que, parallèlement, la bipédie est apparue plus tard chez les grands singes (les gorilles ont d’abord été bipèdes puis ont adopté le déplacement par la marche sur les phalanges de la main), c’est que cette bipédie appartenait d’abord aux singes, et que, en conséquence, c’est l’homme qui descend du singe et non le singe de l’homme. Simplissime. Sauf que c’est faux. Pourquoi ? Parce que l’assertion « l’homme descend du singe » était déjà une ineptie. L’inverse d’une ineptie reste une ineptie.
En effet la vérité est toujours plus complexe que les dogmes installés. La bipédie était pratiquée par les primates, mais il ne s’est jamais agi de LA bipédie, mais de toutes sortes de bipédies ordinaires, qui ont évolué dans plusieurs directions. Pascal Picq dit même que la suspension dans les arbres (arboricolie) était une forme de pré-bipédie, parce qu’elle met le corps à la verticale, première sensation de la station redressée. La diversité de ces positions redressées ne permet donc pas de dire que l’une est issue d’une autre, qu’un groupe redressé est issu d’un groupe en voie de redressement. Il y a des bipèdes partout chez les primates, ce qui devrait ôter la tentation de la hiérarchiser. À mon sens la tentative de renverser une hiérarchie, de la part du magazine de philo, est loin de ce qu’on attend de la philosophie : passer de la position de premier de la classe à celle de dernier, en s’excusant presque, change la forme de la pensée, mais pas le fond. Tim White, co-découvreur d’Ardi, le dit en encadré dans le dossier: « Il est impossible de mettre un curseur précis sur l’humain dans le temps et dans l’espace. ». Allez voir et écouter ce qu’en dit Pascal Picq sur Universcience.tv.
J’ai vu le film, réalisé par Jacques
Malaterre, la semaine dernière. J’étais fort intriguée de savoir si la fiction l’emporterait sur la science, et si les découvertes de ce printemps y seraient intégrées. J’y ai pris
plaisir car, au cœur de l’aventure de cet homme qui voit son clan disparaître, on fait connaissance avec un être humain, pas une brute archaïque. Le mythe de la brute épaisse, sans culture, est
en voie de s’écrouler. AO, notre héros, est donc néanderthalien, survivant de sa tribu décimée en Sibérie, et va entreprendre de retrouver son clan d’enfance, en Europe méridionale. Sur son
chemin, il rencontre les sapiens, aux habitus étranges pour lui, et physiquement très différents,.
Le film nous montre pourtant deux espèces avec des points communs essentiels : la vie en groupes, la maîtrise du feu, d’outils, l’accès à l’abstraction révélé par la confection d’objets symboliques. C’est juste l’expression de leurs cultures qui est différente : sapiens se peint le visage, néanderthal, non. Comme sapiens, néanderthal a une vie spirituelle, il porte des amulettes, attache de l’importance à l’arrangement des morts. Sapiens peint déjà les murs, néanderthal, non. Sapiens diversifie son alimentation, alors que néanderthal, force de la nature, grand chasseur, préfère la viande. Tout cela est bien présent dans le film.
Par contre ce qui paraît relever de la pure hypothèse est le fait que néanderthal ait été beaucoup plus proche de la nature que sapiens. On voit le héros AO s’attendrir devant un oiseau posé sur son doigt, taper cordialement l’arrière-train d’une jument qu’il vient de traire pour nourrir un bébé. Sapiens est dépeint plus agressif, pratiquant le sacrifice humain, et plus pointu dans l’art de la chasse (dans le film, la femme sapiens initie AO au lancer de javelot). Sapiens montre déjà des aptitudes à dompter son environnement, alors que néanderthal se coule dans le moule de la nature. Cette image ne serait-elle pas calquée sur une morale liée à l’actualité et historiquement peu étayée ? Faut-il faire remonter notre agressivité envers la nature à une période comprise entre 80 000 et 30 000 ans ? Ne s’agirait-il pas d’une transposition du mythe du bon sauvage ?
Avec une telle image d’épinal, le risque est grand d’inverser exactement le travers dont souffrait néanderthal depuis la fin du XIX°. La brute sanguinaire sans culture, réputation injustifiée – sinon par refus d’une autre humanité - se transformerait alors en être de nature angélique tout droit sorti de l’œuvre de Rousseau. J’ai des doutes sur la solidité de cette image, pas plus fiable que son revers.
Qu’en est-il de la découverte de ce printemps 2010, à savoir que les deux espèces ont bien mélangé leurs gènes ? Elle est bien prise en compte dans le film, puisque AO et sa compagne de route sapiens finiront par faire un enfant ensemble. Sauf que le film se situe à la fin de l’ère néanderthalienne (environ 30 000 ans), alors que les scientifiques affirment que le mélange s’est fait dès la sortie d’Afrique des néanderthaliens, il y a 80 000 ans.
J’ai l’air de critiquer ce film, mais rassurez-vous, je l’ai trouvé excellent, car réhabilitant l’image de notre cousin. C’est ce message-là qui devait être transmis. Message reçu, convaincant, adossé à une documentation solide sur les modes de vie des deux espèces. La grande aventure de nos deux héros fera le reste : émotions, suspense, combats et grandes immensités. Un « road movie », bien avant qu’il y ait des routes.
Pierre Barthélémy écrit sur son blog :
« La science doit-elle toujours être suspecte ?
Après les “débats” qui se sont tenus sur ce blog quand j’ai publié mes billets sur le suaire de Turin ( ici et là), je me suis dit que la science avait encore beaucoup de progrès à faire pour ne plus être un machin systématiquement suspect, un complot de sorciers modernes affairés à nuire à l’humanité […] » Lire la suite
Photo issue de Viadeo (lien avec l'image)
Le 1er mars 2009 j’avais écrit un article « L’entraînement cérébral Kawashima revient à se
tourner les pouces » afin de rendre compte des résultats d’une étude sur le sport cérébral du docteur Kawashima, lequel avait vécu son heure de gloire dans les médias en ce printemps
2009. Alain Lieury y montrait que par rapport aux groupes d’enfants témoins (un ne faisait rien, l’autre jouait à la Nintendo, le dernier faisait des jeux « Mickey-parade »), le groupe
d’enfants sur le jeu Kawashima ne retirait aucun bénéfique significatif.
Cette fois-ci, c’est Adrian Owen, chercheur en neurosciences à l’université de Cambridge, qui s’est attelé à la tâche d’évaluer les jeux d’entraînement cérébral chez les sujets plus âgés, plus précisément sur 11 430 personnes de 18 à 60 ans. Ses résultats sont aussi décevants que ceux d’Alain Lieury. Aucun bénéfice cognitif n’apparaît chez les utilisateurs de jeux d’entraînement par rapport à ceux qui pratiquent des recherches sur internet. Son étude est critiquée parce qu’on ne peut comparer des recherches sur internet à un entraînement cérébral.
Malgré les critiques, tous les chercheurs s’entendent sur un point : les performances de la mémoire dépendent de la masse des connaissances accumulées, mais aussi de sa variété, et du nombre de connexions de nos neurones. Les gains obtenus dans un domaine ne sont pas transposables à toute la mémoire. Si on s’entraîne à la mémoire des chiffres grâce à un jeu, on deviendra meilleur en mémoire des chiffres, rien de plus, mais on n’améliorera pas son champ lexical, et inversement, si on est fort en scrabble, on ne sera pas pour autant un foudre de guerre en sudoku.
Des chercheurs de l’INSERM ont suivi pendant quatre ans une cohorte de 6000 seniors de 65 ans et plus. Ceux qui pratiquaient deux fois par semaine des activités intellectuelles diverses avaient deux fois moins de risques de développer une démence ou Alzheimer que ceux qui les pratiquaient moins.
Étude publiée dans Neurology en 2009.
Source : Le Monde de dimanche 26-lundi 27 septembre 2010
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