" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
Le 6
septembre un commentaire de NEMROD34 sur mon billet de l’avant-veille « La petite bête mexicaine » m’a éclairée sur le statut de Jaime Maussan, le prétendu expert qui affirme que
cette bête n’est pas un canular. J’avais moi-même fait des recherches sur cet « expert » avec Google, sans succès, parce que j’avais demandé au moteur « Marsan », au lieu de
« Maussan ». L’erreur sur son nom de famille était aussi présente dans le corps de mon article et je viens de la corriger. Donc merci à Nemrod34 de m’avoir indiqué que Jaime Maussan est
un journaliste, ufologue activiste très connu outre-atlantique. Ce qui renforce ma conviction d’un beau canular.
C’est aussi ce que m’ont montré mes recherches : Jaime Maussan est de tous les délires, de toutes les inepties ufologiques. Il verse aussi dans l’interprétation extraterrestre des cercles de culture. Dans une vidéo tournée à l’occasion du 16 ème congrès d’ufologie, il montre un cercle céréalier censé prédire l’éclipse annulaire du 20 mai 2012 ainsi que le passage de Vénus devant le Soleil du 6 juin 2012, ce qui est forcément un message important des extraterrestres.
Toute l’ufologie ne souscrit pas à la propagande de Maussan. Le site ufologique Ufowatchdog répertorie les canulars diffusés par Jaime Maussan. Parmi ceux-ci, vous verrez qu’il est capable de prendre une galaxie pour une soucoupe volante, entre autres crédulités, mais aussi des vidéos de soucoupes revendiquées comme « réelles et vraies », alors qu’elles étaient des montages. Merci à Nemrod de m’avoir transmis ce lien.
Courrier international du 28 mai 2009 qualifie Jaime Maussan de « Marchand d’extraterrestres » et lui consacre deux pages. L’article n’est accessible qu’aux abonnés. Je ne le suis pas. Tant pis, mon opinion est faite.
La
petite bête, assez effrayante, même si elle est minuscule, apparaît dans le quotidien allemand Bild, dans
Minute, et bien d’autres sites qui disent tous la même chose : un « bébé alien » a été
découvert par un fermier mexicain, lequel a fini par le confier à une université. On ne saura pas laquelle. Un « expert » mexicain, dont on ne sait que le nom, Jaime Maussan, mais dont on ne sait
pas les compétences, affirme que ce n’est pas un canular. De deux choses l’une : ou cette créature n’est pas un canular et elle est alors un phénomène évolutif bien terrestre, ou alors c’est un
canular. Que peut-on dire dans chacune des deux hypothèses ?
1- Ce n’est pas un canular. Admettons. Il a la tronche de Roswell, et c’est vraiment formidable : les ufologues se frottent les mains. Avoir une tête d’extraterrestre exactement comme les
terriens peuvent la rêver, c’est une chance inouïe pour toutes les idées follement paranormales. Mais ressembler à Roswell ne prouve pas qu’on vient de l’espace. C’est oublier un peu
vite que l’évolution peut produire des étrangetés incroyables, que les scientifiques avaient prises au début pour des canulars : je pense à l’ornithorynque découvert en 1798 par exemple. Mais lui
n’a pas été baptisé « extraterrestre »… parce que ce n’était pas la mode !
2- C’est un canular. Tout de même, ça y ressemble farouchement. A cause de la trop grande ressemblance avec notre fantasme roswellique soigneusement entretenu depuis plus de
cinquante ans. Si l’évolution produit des Roswell, je m’incline, mais je réaffirme que la probabilité est très faible. Vous remarquerez que je laisse une part de doute dans le doute… Je suis
persuadée que l’évolution a plus d’imagination que l’ufologie, et que de nouvelles créatures éventuelles, produites par l’évolution, nous surprendraient beaucoup plus que ce machin déjà vu mille
fois sur les sites d’ufologie.
Je vous laisse faire votre choix.
Un candidat du parti libéral canadien, Justin Trudeau, affirme que des extraterrestres ayant choisi le Canada comme terre d’accueil se verraient protéger par la Charte canadienne des droits et libertés. Cette info est rapportée sur le site d’informations canadien LCN, mais sur le site personnel de Justin Trudeau (d’où est extraite la phrase du candidat, en réponse à une question d’internaute), dans la rubrique « Avez-vous une question ? », à la question 4, on découvre une nuance : « Toutefois, s’ils se décidaient à venir, et qu’ils réussissaient à passer à travers notre système d’immigration de plus en plus dysfonctionnel et à devenir Canadiens, alors oui, la Charte canadienne des Droits et Libertés s’appliquerait à eux, comme elle le fait pour tous les Canadiens, sans aucune considération à l’égard de leur pays (ou planète) d’origine. » Il faudrait donc que nos extraterrestres, après avoir affronté les vicissitudes d’un voyage interminable et périlleux, se soumettent aux tracasseries administratives, à la discrimination, et peut-être même…. au retour au pays ? La reconduite aux frontières risque d’être délicate !
Le GEIPAN a pris en main une affaire d’ovnis qui a eu lieu en Vendée le 3 mai 2008 au soir. Elle est rapportée par le journal Ouest France. Deux personnes ont vu de petites boules lumineuses à peine plus grosses que des étoiles circuler dans le ciel de l’île d’Yeu, sans bruit et sans autre symptôme visuel. Le phénomène s’est déroulé en soirée, à 22h. Cela ressemble étrangement à une observation d’étoiles filantes, non mentionnées dans l’article de Ouest France. Par contre l’article précise que les deux observateurs sont tous deux pilotes d’avions privés, technique classique utilisée pour bien convaincre le lecteur qu’un tel titre les met automatiquement à l’abri de l’illusion ou de l’ignorance, ce dont je doute.
A première vue, il n’y a pas à cette époque d’essaim d’étoiles filantes très connu. Le grand public ignore très souvent que les étoiles filantes ne se manifestent pas que pendant le seul mois d’août (les Perséides), mais que d’autres essaims nous livrent leurs étincelles à tout moment de l’année. Ils sont d'ailleurs si nombreux qu'on ne peut les retenir tous. Quelques recherches s’imposaient… Il se trouve qu’un petit essaim,celui des Eta Lyrides, est observé au mois de mai depuis quelques années seulement, qu’il est associé à une comète qui est passée en 1983, et que ses traces peuvent être vues entre le 3 et le 12 mai, en début de soirée. Les Eta Lyrides ont une vitesse de pénétration dans l’atmosphère de 44 km/s, et sont au nombre moyen de 3 par heure. Ce 3 mai, la Lune est éclairée à 9%, est décroissante - se lève le matin et se couche l’après-midi - n’est donc pas visible à 22h, heure d’observation des ovnis. Elle ne peut provoquer aucune perturbation, et cette absence favorise l’observation de phénomènes peu lumineux. L’hypothèse que ces personnes aient vu des Eta Lyrides est parfaitement plausible et à retenir. La date (correspondant au début de la période d’activité de l’essaim), l’heure (correspondant à celle du lever du radiant, la Lyre), l’aspect (à peine plus gros qu’une étoile) rendent l’hypothèse plutôt fiable, même si l’absence de traînée ne fait pas penser à une étoile filante. Ces étoiles filantes étant encore peu connues, elles méritent sans doute d’être mieux cernées et nos deux observateurs vendéens ont peut-être été témoins d’une manifestation encore inédite de ces Lyrides. Les astronomes ont d’ailleurs besoin de ces observations pour établir des statistiques sur de longues périodes et prévoir les conditions des prochaines manifestations. L’hypothèse des Eta Lyrides a l’avantage, en plus de sa plausibilité, d’être économique, parce qu’elle évite les détours par l’irrationnel et les biais cognitifs. Souhaitons que le GEIPAN y pense et la prenne en compte.
L’Objet Volant Non Identifié (OVNI) est la traduction de l’acronyme UFO (Unidentified Flying Object). OVNI était donc d’abord un sigle, et comme ce sigle se prononce comme un mot ordinaire, il devient « acronyme ». Mais il fut tant usité, tant parlé, tant diffusé qu’il devint un nom commun : l’OVNI, ou ovni. Drôle de statut que celui de n’être ni mot, ni sigle, ni plus vraiment acronyme. D’où la diversité de ce que l’on trouve dans les livres ou articles à leur sujet. On trouve même le pluriel d’OVNI avec un « s » minuscule accolé au sigle en majuscules. Bizarreries dans les efforts d’adaptation langagiers…. Et les dictionnaires ne nous aident pas beaucoup.
Le Grand Larousse Encyclopédique en 15 volumes de 1984 écrit aussi « OVNI »,
mais comme tous les mots de ce dico sont en majuscules, on ne sait pas leur intention. Il détaille bien les initiales, faisant référence à l’origine anglophone. Il nous informe aussi que depuis
1977, un organisme du CNES, le GEPAN, répertorie les OVNI, et qu’il en reste 5 % d’inexpliqués. Pour rappel, sur le site du GEIPAN actuel, en 2008, c’est 28 % qui sont désormais inexpliqués…
Le Petit Larousse de poche de 1990 indique un OVNI écrit tout en majuscules (alors que tous les autres mots y sont présentés en minuscules). Il privilégie donc le sigle, mais ne donne pas la
définition des initiales qui le composent. Il a l’excuse de son petit format.
Pour Wikipédia en ligne, l’acronyme est devenu un nom commun, mais seulement dans le langage populaire, et dans le registre de la métaphore. Il donne en exemple : « Un ovni dans le paysage politique ». Cette expression me semble pourtant plus relever du langage journalistique que d’une culture populaire. Qu’il
y ait une culture de la rue mise au ban des études sérieuses qui parlent un autre langage (les ufologues ?) me paraît à la fois absurde et faux. Toute la culture ufologique correspond à
celle de l’homme de la rue, ce qui inclut tout le monde. Les pilotes ou les militaires observateurs d’ovnis n’ont pas le monopole du langage technique sur ce qu’ils voient, surtout quand ils
n’identifient pas.
Le Petit Robert électronique de 2002 écrit
« ovni » en minuscules, l’annonce comme nom masculin et détaille son origine.
Grâce au Robert, on dispose d’un nom commun utilisable en français, qu’on peut décliner au pluriel sans être pris en faute, et qui est compris de tout un chacun.
Sur le site du Groupe d’Études et d’Information des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (GEIPAN), le mot « ovni » est banni. Remplacé par une
incongruité : Phénomène Aérospatial Non identifié, (PAN). Pourquoi ? Parce que ce qui a été vu par des observateurs n’est pas obligatoirement un « objet », mais peut aussi
être un phénomène lumineux. C’est une bonne raison. Mais que doivent penser ceux ou celles qui ont vu des objets se poser ? Il n’y a plus rien pour eux qui réponde à ce qu’ils ont vu ?
Je crois plutôt que l’introduction de « PAN » par le GEIPAN répond surtout à un désir de rompre avec une tradition qui porte préjudice à l’ufologie, et de faire croire à un certain
angélisme dans leur approche des cas qui leur sont soumis. De plus ce sigle aura bien du mal à s’intégrer à la langue car il est doté d’une drôle de
prononciation. On doit en effet le dire comme une onomatopée : « Pan ! ». Dirons-nous un jour : « J’ai vu, tu as vu,
nous avons vu un pan dans le ciel de France. » ? Je pense que ce sigle-là mettra bien du temps à se couler, ou ne se coulera jamais, comme un nom commun dans notre langue. Le GEIPAN a
créé un langage technique inusité, et laisse entendre, en bannissant un mot compris de tous, qu’il détient un savoir scientifique et technologique, difficilement accessible. L’image du CNES
serait-elle en jeu ?
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