" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
En réponse aux différents commentaires sur le dernier billet « Darwin awards »
Certains m'y font plusieurs reproches principalement de trois ordres : 1 je serais moralisatrice 2- je serais du type "bisounours" parce que je ne vois pas d'intention cruelle dans
l'évolution. 3- je ne devrais pas lancer une accusation de type "personnel" ("Où sont les idiots ?").
Premier point : la morale. Quand on moralise, on détermine des comportements normés et on les juge, puis on punit les mauvais. Jusque là je ne dis
rien de controversé ? C'est exactement ce
que fait le prix "Darwin awards" : il a déterminé ce qui était bon, puis choisi des gens "idiots", et il se réjouit de ce que les désignés se soient punis eux-mêmes.
Si
c'est pas de la morale, ça ! Par contre, si je vais à l'encontre de cette attitude, je me définis comme amorale, ce qui ne signifie pas que je sois immorale, ni que je sois dénuée de sens
de la justice ou de l'équité.
Second point : la sélection naturelle est cruelle, et moi je suis "bisounours". Grosse erreur sur le darwinisme, je ne
cesserai de le répéter ! La sélection naturelle n'étant pas douée d'âme, elle n'a pas d'intention, ni cruelle, ni tendre. Le manichéisme qui ressortirait d'un tel jugement porte au
mysticisme. La sélection agit en neutralité, vers une élimination indirecte (par absence de reproduction) ou vers un avantage, naturel (reproduction assurée) ou culturel (vie en société).
Nous appliquons à la sélection des émotions qu'elle n'a pas, parce que nous les ressentons quand nous observons ce qui agit dans les phénomènes naturels. C'est de l'anthropomorphisme. Pas de
bisounous, donc, pas de diable non plus.
Troisième point : je ne devrais pas former d'accusation
"personnelle" : ma question de titre et de fin interpelle un groupe indirectement, sous forme de question. Et c'est vraiment ainsi que je le pense, sous forme de doute. Ce n'est pas une
accusation, c'est une véritable inquiétude.
J’ai manqué d’humour dans ce billet, vous me le reprochez aussi. Certes, vous avez raison ! Sachez que je n’en manque pas toujours, mais que j’ai le tort de cibler mes sujets d’amusement. Par exemple, les Ignobels me font bien rire, parce qu’ils ne détournent aucune théorie scientifique, que les lauréats, s’ils sont moqués, le sont sans arrière-pensée, et que le farfelu de l’affaire met tout le monde à l’aise.
En début de semaine dernière, alors que je passais à Genève je vis, tout au bout
du pont de l’Europe, un arbre enrubanné d’un filet sur lequel était inscrit : Ceci est un poumon.
En confédération helvétique, « Ceci est un poumon » est une campagne de l’Association Transport et environnement (source de l'image ci-contre), soutenue par la Ligue contre le cancer, le syndicat UNIA et l’Association des Médecins en faveur de l’environnement contre les particules fines qui tuent (pas de diesel sans filtre). Sur le site internet http://www.pm10.ch, il est possible de commander une banderole de tissu sur laquelle est écrit : « Ceci est un poumon ».
Ce qui m’a beaucoup amusée, c’est que cet arbre qui symbolisait un poumon était, bien sûr en cette saison et à cette latitude, dépouillé de toutes ses feuilles, laissant supposer que les gens qui l’avaient enveloppé ainsi ignoraient le mécanisme de respiration des arbres. C’est en effet par ses feuilles que la photosynthèse s’effectue, et grâce à elle, la production diurne d’oxygène.
L’arbre nu ne risquait pas de produire grand-chose. Mais l’écologie, si elle est pétrie de bonnes intentions, ne s’habille pas toujours de rigueur.
Une étude d’une équipe grenobloise dirigée par Laurent Bègue, de l’université Pierre
Mendès France, relatée par
l’Express le 19 septembre, présentée en conférence de presse de la Direction générale de la santé (page 15 du document pdf) ce même jour, enfin publiée en janvier 2009 dans le
Journal of Experimental Social Psychology, a été menée sur les liens entre alcool et violence. Elle
semble montrer que les réactions de violence ne sont pas entièrement dues à la prise d’alcool (effet pharmacologique), mais aussi à la croyance qu’on est alcoolisé.
Les expérimentateurs avaient pour cela constitué, avec une centaines de participants, deux groupes d’hommes non alcooliques. Ils ont fait absorber aux uns de l’alcool à leur insu, et aux autres des boissons inoffensives en leur faisant croire qu’elles étaient alcoolisées.
Puis une provocation a été menée par un comparse. Les hommes qui ont réagi violemment à la provocation étaient ceux qui croyaient être imbibés, alors qu’ils avaient absorbé un placebo. Ceux qui avaient bu de l'alcool (mais croyaient être sobres) sont restés plus calmes.
Selon l’équipe de Laurent Bègue, ce placebo « peut également être interprété comme une stratégie volontaire de la part des participants qui, sachant qu’ils ont consommé de l’alcool, considèrent qu’il est moins inacceptable de se montrer agressifs face à quelqu’un qui les provoque ». Les réactions à l’alcool sont très différentes d’un individu à l’autre. Elles dépendent de facteurs pharmacologiques, mais aussi de multiples facteurs sociaux : rapport à la délinquance, idée de virilité, proximité et influence d’autres personnes alcooliques, intégration à une bande. Tous ces facteurs poussent les buveurs à une conduite normée.
L’alcool rendrait donc plus agressif par l’idée que l’on s’en fait que par ses effets sur le cerveau.
Il serait interprété comme une excuse. La loi a d’ailleurs très longtemps conforté cette idée, en qualifiant la prise d’alcool comme « circonstance atténuante », dont le sens commun s’est emparé. Cette atténuation est d’ailleurs encore en vigueur en Italie, pour les cas d’ivresse non habituelle.
La loi du 5 mars 2007 a rompu avec cette idée. Elle a alourdi les peines pour les infractions « commises sous l'emprise manifeste d'un produit stupéfiant ou en état d'ivresse manifeste ». Elle a également introduit une notion de « circonstance aggravante » pour les infractions commises sous l'emprise de l'alcool, en inversant le raisonnement qui jusque-là avait tendance à exonérer partiellement les auteurs de délits en état d'ébriété au moment des faits. Pour Laurent Bègue, la piste à suivre est de « délégitimer » les prises d’alcool.
À la montagne, persiste une culture du vin chaud, symbole de réchauffement des corps et de convivialité. Ici, en
Haute-Savoie, on vous proposera donc du vin chaud à toutes les occasions, à toutes les manifestations hivernales : marchés de Noël, spectacles, après ski, etc.
Les vacanciers l’apprécient ; pour eux le vin chaud fait partie du décor et du patrimoine montagnard. Ils croient, tout comme les gens du pays d’ailleurs, qu’il fouette le sang, et qu’il n’a pas son égal pour vous réchauffer de la tête aux pieds.
Qu’en est-il vraiment ? En fait, il n’en est rien ! L’alcool « fouette » le sang, certes, en l’entraînant de l’intérieur vers les vaisseaux superficiels, provoquant leur dilatation. D’où les rougeurs sympathiques (ou estimées telles par l’entourage !) sur les joues des buveurs… L’afflux de sang donne une sensation de chaleur agréable, mais très fugitive. Car les calories s’échappent alors à la vitesse grand V. Et le processus normal de réchauffement n’est pas respecté. Les vaisseaux superficiels devraient au contraire se contracter (vasoconstriction avec chair de poule) pour préserver la chaleur interne et éviter la déperdition des calories. Or, l’alcool va faire le contraire : privilégier la surface et refroidir l’intérieur. Le réchauffement va donc être fugitif : le petit coup de sang sous la peau va faire place au refroidissement précipité de l’organisme.
« On estime qu'elle chute d'un ½ degré par
fraction de 50 g (5 verres de 10 cl de vin) d'alcool ingéré. » (L’Internaute-Sciences)
Si vous venez faire du ski chez nous en février, aidez-nous à rompre avec cette contre-culture, refusez le vin chaud, quitte à vexer vos hôtes, et réclamez votre chocolat ou votre thé à cor et à
cri. On a ça aussi chez nous !
Photo : vue depuis la cour de l'école maternelle. Crédit Agnès Lenoire.
Internet, la chaîne M6 et les marchés regorgent à présent de cette boule de plastique pleine de billes de céramique, qui est censée laver votre
linge sans rien d’autre. Dans une certaine mesure, pourquoi pas ? L’eau élimine une partie des saletés, il suffit alors d’y ajouter un élément solide qui ajoutera au brassage opéré par le tambour
l’action des chocs répétés de la boule sur le linge. Mère Denis le savait déjà : pour bien laver, il faut bien battre ! Sauf que ce n’est pas du tout l’argumentation de nos vendeurs de boules
magiques ! Le dépliant (voir illustration ci-contre) que je me suis procurée chez un camelot sur un marché mentionne de bien étranges pouvoirs. Lisez plutôt : « L’action combinée du magnetic
+ ceramic augmente considérablement le pouvoir lavant de l’eau par l’émission de rayons infrarouges qui cassent les molécules d’hydrogène de la molécule d’eau, cette double action procure une
très grande capacité de pénétration. »
Plongée dans la perplexité, j’ai demandé au vendeur ce qu’étaient ces rayons infrarouges puissants émis par une si anodine boule de plastique. Il m’a répondu très honnêtement qu’il s’agissait de
chaleur issue du frottement. Pourtant, le dépliant précise qu’il faut exposer la boule une heure par mois au soleil « afin que les billes de céramique se régénèrent en absorbant les
infrarouges émis naturellement par le soleil. ». La chaleur dégagée ne serait donc pas celle des frottements, mais celle du soleil. Mettre le soleil dans sa machine, quelle poésie !, mais
cela reste de la poésie … Le discours du dépliant n’est pas celui du vendeur. Se sentant un peu au pied du mur, il m’a servi une explication un peu plus plausible que celui de sa propagande
écrite. Mais dans tous les cas, aucune des deux façons ne peut provoquer une électrolyse des molécules d’eau. La marque de machine Daewo s’est essayée à la fabrication d’une machine à
électrolyse, avec des plaques d’argent, sans grand succès. Alors une boule en plastique… De plus, la chaleur restituée par la boule doit être réduite et ne dépasse certainement pas celle de l’eau
de lavage, que l’on a l’habitude de chauffer à une trentaine de degrés pour les lavages les plus courants. Je suis donc restée sur une impression de véritable arnaque, qui joue sur l’attitude
écologique et la culpabilité du citoyen : tous coupables de polluer l’eau par des lessives intempestives. Ne mettez plus de lessive, agissez avec une bagu…. boule, pardon, magique !
La boule, si elle a une action, ne peut donc qu’être mécanique. Il existe d’ailleurs sur internet des balles et pavés de lavage, qui exercent un battage
du linge, et qui ne revendiquent pas d’autre pouvoir que celui des chocs.
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