" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
Au cours de toutes les observations astronomiques publiques, sous les cieux éclairés par la Lune, tous les animateurs vous le
diront : la Lune s’éloigne inexorablement de nous, à raison de 3,4 cm par an environ. On explique cela par le ralentissement de la rotation de la Terre, elle-même freinée par les
frottements avec l’atmosphère et le gonflement des océans (marées). C’est ce qu’on nous dit, mais je crois qu’il y a de la dissimulation dans l’air : on nous cache quelque chose…. Pour ma
part, je trouve la Lune de plus en plus grosse, donc de plus en plus proche, et c’est plutôt inquiétant. Et mes inquiétudes se révèlent fondées car une photo que j’ai prise récemment m’a révélé
une vérité qu’on nous dissimule afin de ne pas semer la panique : la Lune est si proche de nous qu’à présent, certains avions passent derrière. Cela vous paraît surréaliste ? Regardez
la photo de la Lune ci-dessous, que j’ai prise mercredi 17 octobre à 8h 30 du matin. L’avion passe bien derrière la Lune, puisque sa traînée disparaît derrière le bord lunaire. C’est bien
une preuve, ça ! Et ma photo n’est ni truquée ni retouchée. Voilà. Le complot contre l’humanité est bien en route. La collision aura lieu en 2012. Beaucoup de sites annoncent la fin du monde
pour cette date. Moi, en plus, je vous annonce comment.
Photo Agnès Lenoire - Canon EOS 4500 - prise au 1/250 -
f:9.0
Sur le site vinquebec.com, on apprend, par le titre de l’article, que la Lune influencerait les dégustateurs de vin, mais dans ma lecture de l’article, je découvre que les dégustateurs comme les marchands de vin prétendent très
clairement que la Lune agirait bien sur le vin, pas sur le dégustateur. Lequel est censé juger avec beaucoup d’acuité et de compétence, paraît-il, la
différence entre un vin « jour fruit », déterminé sur une phase bénéfique de la Lune, absolument délicieux, et un vin « jour racine », calculé sur une phase néfaste de la
Lune, absolument plat.
L’auteur, monsieur Gagnon, écrit alors :
« Si la Lune a une influence sur la masse, sur les 750 grammes de vin, qu'elle est sa contrepartie sur les 75 kilos du dégustateur. Qui est le plus influencé, la bouteille ou le dégustateur ? »
Ce qui est amusant, c’est que l’auteur de l’article pense faire preuve d’esprit critique en reportant l’influence lunaire sur le dégustateur (parce qu’il contient plus d’eau que la bouteille de
vin !) et pense démontrer ainsi la subjectivité de l’affaire.
Certes, subjectivité il y a, mais monsieur Gagnon ne la situe pas correctement. Elle est selon lui de la Lune à l’homme, qui, sous une influence astrale, voit son jugement varier au gré de sa masse de sang agitée par la marée. Or, l’influence est toute humaine, et rien qu’humaine. En
croyant que la Lune influence le dégustateur, le mythe se déplace, mais il reste un mythe.
La Lune est au jardin, mais pas seulement. Elle a envahi les bonnes caves, semble-t-il. Elle finira ivre-morte.
Au XXVII ° siècle, l’influence de l’astrologie est encore grande, et Riccioli, auteur d’une carte révolutionnaire de la Lune, nomme les « mers » lunaires par des noms issus du
vocabulaire émotif.
L’astrologie va s’emparer de cette dénomination et la développer pour la faire coller à ses dogmes. L’idée est que le vocabulaire
s’applique aux cultures de la terre, et aux valeurs féminines, toutes liées par un point commun : la fécondité. On le retrouve aujourd’hui dans les divers manuels de jardinage « avec la
lune ». Ce dogme prétend que, au premier quartier, tout est positif. C’est donc la période de tout ce qui s’élance vers le ciel et correspond à la reniassance printanier: il faut s’occuper
des fleurs, des arbres. Le second quartier est celui de du négatif : il faut à cette période s’occuper des bulbes, des racines. C’est l’époque de l’enfoncement du vivant au cœur de la
terre.
Alors que l’astrologie ancienne était affaire d’initiés qui s’occupaient de prévoir les événements politiques et travaillaient pour les souverains, je pense que la véritable
démocratisation de l’astrologie, et sa pénétration chez les « petites gens » a eu besoin d’un vecteur populaire. Ce vecteur, ce fut le colportage, cette méthode de commerce de
proximité. Le besoin de connaître les meilleurs moments pour l’agriculture et les moissons s’est alors conjugué au besoin d’anticiper, de connaître l’avenir. On situe le début du colportage,
cette diffusion de petits livres d'images dans les campagnes par les colporteurs de librairies, au XVX e siècle. D’où vient le mot « almanach » ? Peut-être de l’arabe :
« manach » signifie en effet « compte » ou saxonne : « almoneed » renvoie à une pratique de décompte des lunaisons, ou bien encore il serait un terme syriaque qui
veut dire « l’année prochaine ». Comme on le voit, quelle que soit son origine, il est centré sur le découpage du temps. Il propose donc des calendriers. Il existait déjà chez les
chinois, les égyptiens, les grecs, bien avant l’imprimerie. À partir du XVIIé siècle, l’almanach devient véritablement le manuel populaire par excellence, très prisé par le peuple. Le
contenu est basé sur l’alternance des saisons (d’où le lien fort entre Lune et cultures), mais aussi la météo, les prévisions météorologiques, astro-météorologiques, où la Lune, mais aussi
parfois le soleil, exercent une influence prépondérante.
Puisque les astres ont une influence sur la vie végétale, puisqu’ils commandent le rythme des travaux saisonniers à la campagne, il est
admis à l’époque dans l’esprit des campagnards que ces mêmes astres guident aussi la vie animale et humaine. Les paysans sont donc friands de ces almanachs qui semblent leur donner une clé pour
anticiper l’avenir.
Mais en 1852, une commission d’examen est créée afin d’arrêter la diffusion de ces livres qu’on appelle « littérature bleue » et qui exerce une grande influence, trop d’influence, sur les populations. Cette commission parviendra à interdire la plupart des almanachs diffusés par colportage. C’est le XXe siècle qui a vu sa renaissance.
L’almanach a diffusé efficacement en France profonde, dans les chemins creux, les fermes et les champs. Qui
s’occupera de diffuser la pensée astrologique en ville ? La presse féminine ! Les femmes sont responsables du bien être de leur famille, de la santé, de la qualité de l’alimentation, ainsi que
des lie
ns familiaux qu’elles entretiennent entre tous les membres. Les magazines féminins vont donc leur servir les centres d’intérêt qui doivent être les leurs dans notre société: la santé en surveillant la nouvelle ou la pleine Lune, la beauté en
plaçant notre bonne mine sous les auspices de la lumière lunaire, les produits du jardin cultivés en suivant la Lune montante ou descendante, le lien entre la Lune et les humeurs des
femmes.
C’est ainsi que la revue Top santé d’août 1992 titre « Votre beauté signe par signe » puis récidive en
1993 avec une apologie de l’astrologie médicale. La revue Marie-Claire de janvier 1994 propose quant à elle un horoscope lunaire axé sur la femme « comme il faut », un
horoscope séduisant parce que bucolique, et s’attachant les femmes par la validation dans leur vie quotidienne (lessive, jardinage,
coiffure).
À savourer : « Elle peut être de miel, rousse ou en croissant. Elle veille sur les amoureux, et sur nos insomnies quand elle est pleine. Depuis la nuit des temps, la croyance populaire
lui attribue des qualités que la science continue de ne pas reconnaître. Et pourtant, qui règne sur les marées et influence l’humeur des chats ? Qui blanchit le linge mis à sécher sur le
pré ? Qui fait bouger la croûte terrestre et régule la pousse des cheveux et des plantes ? C’est la lune, sans aucun doute ! Sans oublier son rôle en astrologie, comme nous le
montre, de la page 134 141, l’horoscope lunaire de 1994. Vingt-cinq ans après avoir posé le pied sur l’astre nocturne, il est grand temps de ne plus
l’éclipser et de partir, enfin, sa découverte. »
La Lune scande le temps humain, non seulement par ses changements de phases, mais aussi par son analogie avec le cycle féminin. Cette analogie est toute approximative puisque le cycle
féminin peut osciller autour de 30 jours; elle est pourtant largement exploitée par l’astrologie encore de nos jours, et a forgé la croyance que les femmes sont des êtres
essentiellement lunaires, et conséquence directe, lunatiques, fantasques.
Le magazine féminin, grand promoteur de la pensée astrologique, même s'il reste le chef de file, est à présent supplanté par le web, qui regorge de sites astrologiques.
Samedi 16 mai, j'ai eu l'honneur d'être invitée chez les zététiticiens du Languedoc-Roussillon.
Mais qui sont ces gens au drôle de nom, me direz-vous ? Voici la définition qu'ils donnent de leur art sur leur
site :
"La Zététique se présente comme une méthode de recherche fondée sur le doute et la vérification des informations ; Emile Littré en donne une définition claire : « méthode dont on se sert pour pénétrer la raison des choses ».
Enseignée dès l'Antiquité, elle est une attitude scientifique, fondée sur le refus de toute affirmation
dogmatique, et qui emprunte aux Anciens Grecs leur posture « sceptique » : dans la ligne droite du mot skepticos (« qui considère », « qui examine ») la Zététique préfère suspendre son jugement à
l’endroit où la connaissance fait défaut et se donner les moyens d’en savoir plus que de croire n’importe quoi. Aujourd’hui, les Zététiciens mettent en place des approches rigoureuses et
scientifiques des phénomènes paranormaux, pour y voir un peu plus clair."
Ils m'avaient sollicitée pour leur parler des influences de la Lune et je leur avais préparé un diaporama. Ne pouvant le publier tel quel sur ce blog, je l'ai transformé en format word
avec incrustation des diapositives en format jpeg. Je les publierai en plusieurs fois ici même. En voici les premières.
Il y a cinquante mille ans, l’homme gravait les premières étoiles sur des galets. Depuis, il ne cessera d’observer et d’essayer de comprendre. Dans la grotte de Lascaux, il y a 15
000 ans, les hommes ont peint le groupe d’étoiles des Pléiades au-dessus des cornes d’un taureau, ainsi que les phases de la Lune sous un cheval.
L’alternance nuit-jour, les mouvements réguliers de la Lune et du soleil, furent de tous temps utilisés pour établir les premiers calendriers, bien avant l’écriture. Mais si l’homme constate des régularités qui permettent de compter le temps, il n’en comprend pas les causes, et voudrait leur donner un sens. L’astrologie, en permettant une interprétation, introduisit un principe de causalité, et permit une vue sur l’avenir. Concernant les rapports de l’homme avec la Lune, le double mécanisme, croyance ancienne et intimité chaleureuse, s’il n’en est probablement pas la cause, renforce pourtant la pérennité des comportements superstitieux.
La Lune y tient une place importante parce que double : sa proximité la rend familière, quotidienne, rassurante, et en même temps ses
changements d’aspect effraient. La Lune sert à scander le temps, elle a toujours été métronome des activités humaines, mais l’intimité qu’elle noue
avec les hommes, et l’incompréhension de son fonctionnement ont été la source d’innombrables mythes qui perdurent. Et c’est, à mon sens, ce lien mythique fondateur qui retient l’astrologie dans
nos cultures.
L’astrologie et l’astronomie sont nées ensemble, en Chaldée, entre le Tigre et l’Euphrate. L’observation du ciel a très vite appris aux hommes que des
phénomènes (les phases de la Lune, les astres errants) se passaient dans le ciel. Les premiers astronomes de Chaldée, dix sept siècles av. J.-C., ont établi des prévisions d’éclipses très
fiables, encore utilisées, le SAROS. Mais en même temps, ils ont aussi inventé les signes du zodiaque. Une corrélation fut repérée entre évènements célestes et terrestres (les crues du Nil en
Egypte par exemple), il en fut déduit un contrôle des seconds par les premiers. La Lune au premier chef, étant la plus proche, la plus intime, la
plus mystérieuse, mais aussi les planètes, des astres errants, et qui furent perçus comme les représentants de divinités célestes et en devinrent les interprètes.
Dix sept siècles avant Jésus-Christ, fut écrite la première œuvre littéraire : Enouma Elish,
récit de création en Babylonie. La Lune y est présentée comme symbole de devenir et de précarité. Chaque nouvelle Lune est considérée comme une petite mort, et les êtres humains doivent s’efforcer de conjurer les maléfices, nombreux à cette période. Lune et
Soleil sont souvent nés ensemble, que ce soit à Babylone il y a 3000 ans, au Mexique au XVI e siècle, ou chez les esquimaux qui présentent les deux astres comme frère et sœur. Les esquimaux sont
toutefois les seuls à n’avoir pas associé l’image sombre et froide de la Lune à celle de la femme.
L’une et l’autre vécurent ensemble au plus fort des grandes découvertes, jusqu’à Kepler qui au début des années 1600-1610 installa les lois de la mécanique
céleste, sans pour autant cesser d’établir des horoscopes pour des raisons alimentaires. Kepler a d’ailleurs savamment mélangé l’imaginaire et la
science dans son ouvrage « Le songe ». Ce rêve est prétexte à un voyage sur la lune, loufoque, mais porteur de connaissances inédites
à l’époque (absence de lever de terre sur la lune). Kepler n’était pourtant pas un romantique Certains auteurs comme Henriette Chardak, Philippe Depondt ou Guillemette de Véricourt pensent que
Kepler, tout en étant critique vis-à-vis de l’astrologie, croyait en une influence de la lune sur la météo, mais pas sur le destin des hommes. Il se moquait des faiseurs de
« prophéties ».
Au cours de la longue histoire des relations humaines avec les astres, persiste une image bipolaire, presque constante, celle d’un Soleil bénéfique et d’une Lune maléfique. Ajoutez à cela une image proche de la féminité, versatilité et précarité obligent, ainsi qu’une réputation à maîtriser les eaux, toutes les eaux, et vous avez là un portrait sexiste et vivace de l’astre de nos nuits, véhiculé par les bons soins de l’astrologie.
Un article de Metro du 14 avril 2009
me laisse assez ébahie. Un médecin vient de commettre un livre sur les influences de la
Lune et il y a réuni toutes les inepties possibles et imaginables.
Le docteur Henry Puget y prétend que la Lune agit, selon ses phases, par deux moyens : la force d’attraction et le rayonnement électromagnétique.
La force d’attraction lunaire est présentée comme tirant sur les eaux du corps, exactement comme elle tire sur les océans. M. Puget affirme alors, qu'à la Pleine Lune, nos vaisseaux sanguins vont se dilater, et que c’est la période des varices. Il oublie (ou ignore) ce qu’est la gravitation et le phénomène des marées. Les marées se manifestent sur les océans, sur de grandes surfaces (celles de la Méditerranée sont à peine visibles à l’œil nu). Celles opérées dans votre baignoire à la Pleine Lune, vous les avez déjà vues, vous ? Et votre verre d’eau ne déborde pas parce que c’est l’époque des grandes marées ? Moi non plus. Alors on imagine mal notre circulation sanguine se mettre à chahuter et à gonfler par l’attraction lunaire ! L’attraction la plus forte est réalisée par les masses les plus proches : l’immeuble d’à côté, votre voisin. Et d’autres forces bien plus significatives sont à l’œuvre dans notre corps : battements cardiaques ou respiration.
M. Puget prévient aussi les patients : certains chirurgiens n’opèrent pas à la Pleine Lune par crainte des hémorragies. Incroyable ! On aimerait qu'il nous donne des noms, parce que là, la prudence nous dicterait formellement de ne pas nous faire ouvrir le ventre par quelqu’un qui pratique un rite magique !
Le rayonnement électromagnétique : M. Puget ne sait pas non plus que la Lune n’est pas créatrice d’énergie, et n’émet donc pas de lumière propre, mais nous transmet juste celle qu’elle reçoit du Soleil. Le docteur décide donc de lui-même que le PH diminue à la Nouvelle Lune (gare aux mycoses !) et qu’il augmente à la Pleine Lune (attention aux virus et aux infections urinaires !), que les hormones augmentent à la Pleine Lune et stimulent le désir sexuel. Si j’ai bien compris, nous ne serions que des marionnettes dans les mains d’une grande déesse : Séléné.
Alors moi je m’affole, car si le rayonnement lunaire, pourtant très pâle reflet solaire, peut faire tant d’effets sur un organisme, je me demande ce qui va m’arriver si je prends un court bain de soleil, lui qui me déverse son rayonnement directement et puissamment ! Electrons des cellules sanguines en folie, explosion de mycoses sur tout le corps, varices comme des conduites d’eau, libido déchaînée ?
Sans s’appuyer sur aucune étude scientifique, sans citer aucune référence, ce médecin manipule les croyances en faisant appel à « l’ancestral », avec comme seuls arguments des témoignages et son autorité de médecin.
La Lune fait vendre et ce bon docteur, un peu magicien, un peu charlatan, un peu astrologue, est assuré de trouver des amateurs.
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