" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
" Qu'est-ce que la science ? C'est l'enchantement du monde, l'enchantement réel du monde.
"
Michel Serres (Extrait de - Petites chroniques du dimanche soir 3, Michel Serres - entretiens avec Michel Polacco - Éditions Le Pommier.)
Frédéric
Pommier. Mots en toc et formules en tic. Éditions de poche Points. Collection Le goût des mots.
Ce livre, édité au Seuil en 2010, et qui vient de sortir en poche, est un petit ouvrage très attendu par tous ceux, qui, comme moi, avaient envie de
monter au créneau pour épingler les usages stéréotypés de la langue française. Du coup, après sa lecture, on se rend compte qu’il deviendra vite
incontournable.
Enfin un vrai livre sur nos aspirations à parler vrai, sans circonvolutions improbables. J’adore ! De plus, comme vous le
savez, son auteur Frédéric Pommier est chroniqueur sur France Inter, pour l’émission « Comme on nous parle ». Écoutez-le, c’est que du bonheur ! Voilà. Il ne nous
reste plus qu’à revisiter notre propre façon de parler et d'écrire, car nous aussi, tout autant que nous sommes, nous adoptons quelques uns de ces tics, c’est clair.
Du coup, je vais revoir ma copie. Dans mon blog, y a-t-il beaucoup de ces tics… ou pas ? C’est juste presque certain, et j’ose à peine me relire, car
j’ai même peur que ce soit du grand n’importe quoi.
Pour composer les deux paragraphes précédents, j’ai employé quelques uns des mots (trop) récurrents dénoncés, avec beaucoup d’humour, par Frédéric Pommier. Je les ai notés en italique. L’auteur est un observateur pointu des manières de parler très
stéréotypées des médias. Les journalistes nous abreuvent en effet, en particulier lors des journaux télévisés, d’expressions totalement uniformisées, (afin que l’on ne soit pas déroutés en
passant d’une chaîne à l’autre ?). Oui, ils parlent tous de la même façon, oui ils sont tous d’accord, oui nous arriverons donc à comprendre. Ouf ! Le spectateur est rassuré : pour sa sécurité (
?) il est bien sous haute surveillance dans les lieux publics comme sur internet, le dernier livre de Houellebecq est très attendu, la grogne sociale menace, un homme
(quelconque) a perdu la vie dans un accident, mais…un grand chef d’état a trouvé la mort.
C’est sur TF1 comme sur FR2, et comme sur presque tous les autres médias.
Mais il n’y a pas que les journalistes, il y a aussi la télé réalité. C’est clair vient de Loft story. Les juste, ou pas, et le
grand n’importe quoi viennent de là aussi et ont été adoptés aussitôt par les ados, et diffusés à grande vitesse par les supports de communication les plus variés et les plus
rapides.
Après avoir mis le nez dans ce bouquin, gageons que vous n'écouterez plus J.-P. Pernaut avec la même oreille...
La POZ de décembre (Publication de l'Observatoire Zététique) se fait l'écho ce mois-ci de la pratique de la
synergologie, sous la plume de Nicolas Vivant. Encore un mot en "logie" qui fait mine d'être scientifique pour mieux se parer de sérieux ! La synergologie, selon son fondateur Philippe Truchet,
"permet de décrypter le fonctionnement de l'esprit humain à partir de son langage corporel [...]" et mettre à jour des messages que vous ne vouliez pas exprimer verbalement.
La POZ nous rappelle :
Monsieur Turchet se base sur des entretiens vidéo qu'il a réalisés lui-même et prétend qu'il peut tirer une régle universelle de ses observations. Par exemple, une personne détendue montrerait plus son oeil gauche, en penchant la tête à gauche. Autre exemple : dans 100% des cas, les dominants sont plus tactiles et enclins à toucher leurs adversaires. Obama l'aurait fait avec Mac Cain pendant les débats avant les élections. Mais Nicolas Vivant nous prévient : sur Youtube, on peut visionner les matchs où Federer est vainqueur : sur 25 fins de matchs, le vainqueur ne s'attarde en congratulations physiques que dans 32% des cas. Aucune expérience sérieuse autre que celle de Turchet avec ses vidéos n'a jamais été menée. Pourtant, cela ne l'empêche pas d'affirmer que le langage corporel est universel, donc fiable. Rien ne vient le prouver. On sait pourtant à quel point les individus sont imprévisibles.
Ce qui fait que la synergologie plaît tant, c'est sans doute qu'elle est portée par un courant psychologisant très à la mode. Et puis la série américaine de la FOX "Lie to me" a renforcé la crédibilité de cette discipline puisque le docteur Lightman, héros de cette série, revendique le caractère scientifique de sa discipline. Il détecte en effet les menteurs grâce à des micro expressions corporelles.
Une série reste une fiction, libre d'inventer, d'exagérer, de mentir ! Elle n'est pas dénuée d'intérêt d'ailleurs, car le mensonge est un exercice difficile, et notre héros a parfois du fil à retordre avec certains sujets doués pour le camouflage et les non dits. Le menteur peut bien sûr s'exposer à être démasqué par un observateur pointu. Il faut beaucoup de maîtrise pour rester "comme si de rien n'était". Arriver à démasquer un menteur reste donc un jeu d'intution, de tâtonnements, où certains excellent certainement plus que d'autres, parce qu'ils sont plus fins. Tout cela est loin d'être scientifique.
Mais le créneau de la psychologie est une brèche pour ce type de discipline. On y retrouve une forme de déterminisme biologique qui veut que l'on ne maîtrise pas nos comportements parce qu'ils sont ancestraux, et que ceux-ci, puisqu'ils sont écrits, clairs, prévisibles, peuvent être lus, comme dans un livre, par d'autres.
Alors ne laissons pas la synergologie nous tromper, d'abord parce qu'elle n'a pas fait la démonstration de sa fiabilité, ensuite parce que la complexité du comportement humain ne peut donner prise à ce type de réductionnisme.
L'article de Nicolas Vivant
sur le site de l'Observatoire Zététique est ici : Synergologie, pas un geste !
Cet article a été écrit pour Rue89 sous le titre Père Noël : la grande conspiration., et publié sur son site le 16 décembre 2008.
En décembre, dans les cours d’écoles élémentaires, il y a parfois des discussions entre les petits du cours préparatoire qui croient encore au Père Noël et ceux qui
n’y croient plus. Les premiers défendent bec et ongles leur rêve, rêve qu’on leur a inculqué depuis quelque trois ou quatre ans. Les seconds essaient de les mettre au parfum en leur assénant une
vérité abrupte, et en l’accompagnant de tout le mépris pour leur naïveté de "petits".
Ainsi, au cœur des récréations, se jouent parfois quelques drames intérieurs, dans ces moments où les uns utilisent leur pouvoir d’initiés et les autres découvrent la trahison parentale. Drames intérieurs qui ne sont pas si anodins puisque le sociologue Gérald Bronner nous dit, dans "Vie et mort des croyances collectives" (éditions Hermann), que "l’abandon de la croyance au Père Noël provoque dans 45% des cas, […] une situation de crise".
Mais la situation de crise n’est jamais admise,
l’abandon de la croyance étant présentée comme naturelle, comprenez comme une étape de maturation. Tout se passe comme si l’enfant n’avait été jusque-là qu’un sombre idiot, mais que ses 6 ou 7
ans autorisent enfin qu’on lui fasse les révélations nécessaires à son évolution, à son passage vers la rationalité.
Une imagination débridée qui
sert la construction de l'identité de l'enfant
Cependant l’enfant n’a pas attendu l’adulte et son feu vert pour être rationnel. Qu’est-ce qui nous fait confondre l’imaginaire foisonnant enfantin et sa foi en nos mensonges?
Parce que l’enfant aime les histoires, qu’il aime se faire des films? Parce qu’il joue à longueur de journée et qu’il semblerait que ses jeux soient hors réalité? Pourtant tous les jeux enfantins y puisent, dans la réalité, quitte à l’enjoliver, la travestir, la transformer. Toutes les histoires et les contes prennent fin à un moment donné, et l’enfant les quitte parfois volontairement pour poser des questions très terre-à-terre, ou même faire lui-même d’innombrables expériences scientifiques.
Toujours irrationnel, le jeune enfant? Non, juste doté d’une imagination débridée qui sert la construction de son identité. Il utilise toutes les possibilités de son cerveau, notre bambin, et il n’a pas besoin d’une histoire mensongère pour se forger un monde.
Alors pourquoi le pousser dès 2 ou 3 ans dans
cette croyance, qui est une immense escroquerie parentale et sociétale? Il a tant d’autres rêves à sa disposition, de vrais rêves, auxquels il met fin lui-même. Il n’a pas besoin de cette énorme
conspiration, si taboue que les rares adultes qui osent la critiquer sont montrés du doigt. Nous autres adultes, ne serions-nous pas si aigris que seul un mensonge nous semblerait capable de
créer un rêve ?
L'œuvre mensongère de toute
une société
Il y a un mois, dans ma classe de petits, vraiment petits (vingt et un enfants sur vingt-huit sont nés entre septembre et décembre 2005), mon évocation timide du Père Noël les a laissés de marbre. Un seul enfant savait de qui il s’agissait. Un mois après, la même question provoque des cris enthousiastes. Tous croient qu’il va venir chez eux chargé de cadeaux.
L’entourage, bien relayé par les publicités, les commerces, les mises en scène, la complicité de toute une société, ont fait leur œuvre mensongère à une vitesse vertigineuse. Il faut dire que la conspiration est partout, à tous les coins de rue, tous les foyers, et toutes les écoles maternelles. Pourtant, je peux vous assurer qu’une belle histoire de Noël, présentée comme un conte, sans prétendre à une vérité, les enchante tout autant.
Sans compter que quand ce Père Noël "tant attendu" va venir dans ma classe, enfoui sous un déguisement ridicule et inquiétant, je sais que plusieurs petits vont percevoir toute l’horreur de la situation et se mettront à hurler de terreur. Mais n'en parlons pas, puisqu'il paraît que le Père Noël, c'est le rêve...
Dessin d'Inès
« Le Mur, ou la
psychanalyse à l’épreuve de l’autisme », diffusé sur le site d’Autistes sans frontières, est un documentaire de 52
minutes fait d’entretiens avec des psychanalystes, qui expliquent eux-mêmes comment ils perçoivent cette maladie, comment ils l’expliquent, comment ils la traitent. Ce docu a été réalisé
par Sophie Robert.
Vous êtes à peine entrés dans ce film qu’aussitôt vous changez d’époque, disons quelques siècles en arrière : pratiques magiques, objets fétiches, interprétations.
Renouez avec la peur ancestrale de la femme-mère castratrice et démoniaque. Découvrez des praticiens murés dans le culte de la personnalité, affichant derrière eux, sur une commode, le portrait
encadré de Freud et Lacan.
Ces psys sont pourtant en activité, ou l’ont été, dans des secteurs hospitaliers. Ils sont pédopsychiatre en chef à l’Institut pour enfants Le Courtil à Tournai,
pédopsychiatre au CHU de Lille, ancien chef de service de psychiatrie à la Pitié Salpétrière, pédopsychiatre à l’hôpital Necker, pédopsychiatre référente à Lille. Ils sont donc tous ou presque de
formation médicale (il y a un psychanalyste linguiste). On aura peut-être un jour affaire à eux, au détour d’une dépression ou d’un pépin mental imprévu, nous ou nos enfants. Quand on les écoute,
on se dit qu’il vaudrait mieux ne jamais tomber sur eux. Mais que disent-ils de si effrayant dans ce documentaire ?
Madame Loison, psychanalyste lacanienne, brandit un crocodile en plastique gueule grande ouverte sur des dents acérées et ajoute qu’elle est très inquiète si
l’enfant qui vient en consultation met sa main dedans. C’est pourtant très tentant… Ce crocodile est, sans l’ombre d’une explication, défini par madame Loison, comme étant le ventre et les
dents de la mère. Si l’enfant autiste y entre sa main, c’est qu’il veut entrer à l’intérieur de sa mère, refuse l’extérieur.
Il y a aussi un crayon, symbole du père, à portée de main : si l’enfant met le crayon en travers de la gueule du crocodile, c’est que le père a joué son rôle de
barrage. Le père empêcherait l’enfant de se faire dévorer par la mère. Ce processus-là, dans l’autisme, ne se réaliserait pas. Symboliquement, l’enfant autiste reste dans la mère, enfermé dans un
œuf ; le père, de son côté, n’aurait pas imposé son autorité et assumé son rôle fondateur de création d’un enfant autonome.
On peut douter d’un test qui présente à l’enfant des objets très connotés d’agressivité et un accessoire qui, à un moment ou à un autre, se retrouvera entre les
dents du crocodile, autisme ou pas, car les enfants explorent toutes les possibilités.
D’autres affirmations traversent le documentaire comme autant de flèches empoisonnées vis-à-vis des femmes et surtout des mères :
- J. Schaeffer, enseignante formatrice en psychanalyse, pense que « l’inceste maternel [c’est ainsi qu’elle appelle la fusion de la mère
avec son enfant] est le plus grave, même s’il n’est que symbolique ; l’inceste paternel, lui n’est pas si grave, il fait juste des filles un peu débiles ». Il faut vraiment être
psychanalyste pour se permettre de dire de telles horreurs sans risquer de se voir accuser de « négationnisme ». Mais qui oserait ?
- Le placenta est présenté non comme vecteur de nourriture et d’oxygène mais comme un filtre qui empêche la mère d’empoisonner son enfant, rejet
qui reste son obsession inconsciente.
- La mère, c’est la nature, et le père, la culture. Le retour à la nature est interdit.
- Le père est fondateur, il permet l’accès à l’abstraction, il vient s’interposer face à la fusion de la mère et de l’enfant.
- Quand la mère déconsidère la parole du père, l’enfant ne parle pas.
L’auteur du documentaire demande : « En quoi le père est-il symbolique ? ». Devinez la réponse ! Aucune. Rien. Des expériences, des recherches ? Non. Juste une
référence aux écrits des fondateurs. La psychanalyse est donc une religion, faite de dogmes qu’on adopte sans comprendre. Toutes ces assertions péremptoires
pourraient faire rire si elles restaient sans implication dans la vie réelle. Mais les psys de cet acabit n’en restent pas à ce petit jeu fétichiste. Ils vont s’en servir pour culpabiliser des
familles entières et laisser des enfants en souffrance sans soin.
Vous pouvez visionner ce documentaire ci-dessous, extrait du site Autistes sans
frontières. N’oubliez pas aussi de regarder le bonus qui suit, car là vous aurez des explications scientifiques sur les autismes, par la Docteur Monica Zilbovicious, psychiatre, directeur de
recherche à l'INSERM.
La petite Giulia
Sarkozy ne fait pas la une des journaux et personne ne sait grand-chose d’elle. Personne ? C’est oublier notre diseuse de bonne aventure nationale qui sait tout, Elisabeth Teissier, qui
brosse une future biographie de la fille du président sur son site web, dans la rubrique La lettre d'E.T.
Bien sûr, une astrologue ne va pas vous dire que cette fillette du plus haut rang sera revêche, mal polie, délurée, explosive, instable et insupportable. Non, une astrologue se doit de vous livrer ce que chacun attend d’une fille de roi, d’une princesse, exactement comme vous l’avez appris dans les contes de fée de votre enfance : séductrice d’abord et avant tout, elle vivra sous le signe de Vénus (c’est la planète la plus citée dans le billet : 6 fois !), « vamp », avec du « sex appeal », elle va « fasciner » autour d’elle et susciter « l’adoration ».
Mais comme nous sommes au XXI ° siècle et que les filles ne sont plus tout à fait des princesses de contes de fées, que leurs grands pieds de sportives n’entrent plus dans les souliers de vair, et comme madame Teissier est une grande communicante, il lui a fallu, pour être crédible, ajouter ce zeste de modernité qui consiste à faire de cette fille de président une rebelle, « discutailleuse, ergoteuse », « volontaire », « ambitieuse », qui va chercher à imposer ses idées, quitte à ce qu’elles soient « gauchistes ». Ce sera le point d’achoppement majeur. Mais rassurez-vous ce sera le seul. Pas d’autre défaut notable à l’horizon des prédictions. Il s’agit d’un savant mélange qui plaira au grand public, n’en doutons pas, mélange qui préserve une grande féminité, de bon aloi, sans oublier une facette rebelle, une « forte personnalité », afin qu’elle ne soit tout de même pas trop fade et soumise.
On peut aussi voir dans l’avenir de Giulia un melting-pot du père et de la mère : elle sera « artiste », « chanteuse ou comédienne », gauchiste aussi, comme sa maman bien sûr, mais aussi « volontaire » , « ambitieuse », menant ses affaires « tambour battant », comme son papa évidemment. Finalement madame Teissier n’a pas beaucoup d’imagination, et ne prédit que des futurs sans surprise, bricolés génétiquement, en accord avec l’air du temps et la morale.
Admirons les tours de passe-passe de notre astrologue nationale, mais souhaitons que Giulia se tisse un avenir à elle, rien qu’à elle ! Quand elle aura 20 ans et qu’elle aura sa vie en main, madame Teissier aura 93 ans et ne se souviendra pas de ce qu’elle avait écrit à son sujet en 2011. Nous non plus, heureusement !
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